Shinokosho

Ceci est le troisième article consacré à  Kenshin Le Vagabond.

Au début du tome 2, Kenshin doit affronter ce qui deviendra un futur compagnon : Sanosuke Sagara. Alors que le combat est à l’avantage de l’ancien assassin, Nobuhiro Watsuki nous dévoile alors une partie du passé de Sanosuke. On assiste alors à une scène d’enfance ou ce dernier est en plein discussion avec Sauzou Sagara, capitaine d’une des trois divisions du Sekihotai.

Capitaine Sagara, comme il est appellé, tiens alors le discours suivant : « Ecoute bien Sanosuke, une nouvelle ère s’ouvre à nous après 300 ans de règne des Tokugawa. Finie l’oppression des faibles ansi que l’inégalité des quatres classes« . Sauzou Sagara fait allusion au Shinôkôshô, un système de hiérarchisation sociale en quatre classes qui a fait son apparition durant l’Ere Edo.

La première classe, la plus importante hiérarchiquement, était la classe des guerriers. Elle comprenait le shogun, les samourais et leur entourage. Pour se distinguer, l’élément indispensable était le port de deux sabres : un long (katakana) et un court (wakisashi). Le port d’armes leur permettait d’exercer le kirisute gomen, le droit à la vie et à la mort sur tous les membres des autres castes. De plus, les membres de cette classe avaient le droit de porter un nom de famille, privilège qui leur était uniquement réservé ainsi qu’à certaines professions très ciblées.

La deuxième classe était celle des paysans. Ils n’étaient pas directement propriétaire des terres mais c’est eux qui assurer la gestion des villages grâce à des assemblées. Ils organisaient également des assemblées de chef de famille pour s’assurer du paiement des impôts et du maintien de l’ordre. 

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En troisième position, on trouvait la caste des artisans. Avec le développement des cités, l’activité artisanale alla en grandissant pour toucher des domaines aussi vaste que le batiment, la confection de textiles ou la production de médicaments.

La quatrième classe était celle des marchands. Cette classe vient en dernier car la culture japonaise donne d’abord plus d’importance à ceux qui protégent la patrie puis à ceux qui produisent. Après, il faut bien se douter que les riches marchands étaient sans doute mieux estimés que les pauvres artisans.

Enfin, il y a des catégories de personnes qui n’entre pas dans ces classes sociales. Par exemple, toutes les personnes ayant une activité en rapport avec la mort (abattage, boucherie, tannage de peaux…) mais aussi les hinins, exclus pour avoir commis un crime ou une faute grave. On peut égaler citer les ronins, les samourais sans seigneur et les mushuku, des vagabonds pouvant effectuer de menus travaux.

Ces éléments permettent d’éclairer les propos du Capitaine Sagara. Avec l’arrivée de la Restauration Meiji, il rêve que la société japonaise mette fin à ce système de caste sociale. Les propos qu’à Sanosuke quelques cases plus loin deviennent également un peu plus clair : « Mon capitaine, si l’égalité des quatre classes devient réalité, les enfants de paysans comme moi pourront ils eux aussi avoir un nom de famille ?  » Fils de paysans, Sanosuke ne possède donc pas de nom de famille. Il demande alors l’approbation de son modèle pour prendre le sien et c’est ainsi qu’il devient Sanosoke Sagara.

La suite au prochain épisode…

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~ par Beck sur janvier 29, 2009.

7 Réponses to “Shinokosho”

  1. Trés bel article, j’aimerai juste compléter en disant que le systeme du Shinōkōshō (士農工商)est un système d’origine néo-confuscéenne. En chine ce système était aussi appliqué, mais il me semble que les shi « 士 » , n’étaient pas des guerriers mais des lettrés là bas. Toutefois arrivé au japon, ce système fut donc changé les guerriers étant au pouvoir (et étant lettré également).

    « Le port d’armes leur permettait d’exercer le shigurete gomen, le droit à la vie et à la mort sur tous les membres des autres castes.  » D’aprés mes cours d’histoire japonaise le terme était plutôt kirisute-gomen mais ce n’est pas très grave en soi .

    En tout cas ça fait plaisir d’avoir des articles ayant trait à la culture japonaise sur blogchan de temps en temps, je salue l’initiative.

  2. Merci infiniment pour le commentaire. Mes maigres connaissances sur l’histoire nipponne se résumant à des recherches sur le net, je n’ai pas pu réellement approfondir le système Shinôkôshô. Si tu as quelques liens à me fournir (ou des références bibliographiques) sur le sujet, je suis preneur ^^

    Pour le « droit à la vie et à la mort », il s’agit bien du kirisute-gomen. J’ai corrigé mon article en conséquence. Merci d’avoir signalé cette bêtise.

  3. En termes de références bibliographiques il y a « le japon d’Edo » de François & Mieko Macé édité chez « les belles lettres ». C’est un livre qui aborde de nombreux aspect de l’ère Edo (entre 1600 et 1868), tant d’un point de vue politique, que social ou culturel.

    En ce qui concerne le nain thernet, j’ai trouvé ça:
    http://amazan.online.fr/japon/tradition.htm
    et ça (toutefois celui là est long et ctrl+F sera ton ami):
    http://inalco.sodesuka.fr/

  4. Merci pour ces liens. J’irai voir ça avec énormément de curiosité :)

  5. Cette hiérarchie est étonnante, notamment le fait de placer les paysans en seconde position. Je les aurai bien vus en bout de chaîne moi ! J’ai sans doute une vision trop européano-centrique :p

    « De plus, les membres de cette classe avaient le droit de porter un nom de famille, privilège qui leur était uniquement réservé ainsi qu’à certaines professions très ciblées. »
    Aurais-tu des exemples ?

    « toutes les personnes ayant une activité en rapport avec la mort (abattage, boucherie, tannage de peaux…) mais aussi les hinins, exclus pour avoir commis un crime ou une faute grave. »
    Ca me rappelle le Clan des Otori ça. Je sais bien que le roman ne fait que s’inspirer de l’histoire japonaise mais quelques éléments semblent tirés de réalités historiques…

  6. Concernant les noms de familles, malheureusement je n’ai pas trouvé d’information précise sur le sujet. L’article que j’avais trouvé cité juste les médecins.

    Pour la position des paysans, la culture orientale accorde apparemment beaucoup d’importances à ceux qui produisent, d’ou la position des paysans et des artisans.

    J’aimerai bien fouiller ce sujet un peu plus et être plus précis mais je n’ai pas trop le temps :x

  7. Pour info dans 士農工商, chaque kanji renvoie à une classe successive :
    士 (shi) : cf. message de Jonas
    農 (nô) : agricole, paysan, agriculture
    工 (kô) : produire, fabriquer
    商 (shô) : commerce

    Ce que je trouve intéressant dans cette découpe en quatre classes, c’est qu’il manque une classe importante dans de nombreuses autres cultures : le clergé ou équivalent.

    Par exemple, les quatre castes de l’Inde sont :
    brahmanes : à la fois érudit et garant d’un service religeiux si je ne dis pas de connerie)
    kshatrya : guerrier
    paysan (oublié le nom)
    vasya (pas sûr du nom) : marchand

    il manque dans le shinôkôshô un équivalent des brahmanes. Et que dire de Dumézil qui montrait que tous les mythes se fondent sur un ordre tripartite clergé/militaires/paysans (voir le clergé, la noblesse et le tiers-état sous l’Ancien régime en france).

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